Préparation Physique
La pratique d’un art martial suppose en premier lieu d’avoir forgé son corps pour le rendre apte à exprimer des techniques exigeant de la force, de la souplesse, de la coordination et de l’équilibre, en plus d’une concentration extrême et d’une détermination sans faille. Traditionnellement cette étape fondamentale se fait à travers des exercices dont le potentiel martial demeure caché, bien que présent dans chaque mouvement, ce qui les rend accessibles à tous (y compris aux enfants) puisqu’il ne s’agit pas encore d’entrer dans le combat face à un adversaire, mais plutôt de se livrer au combat avec soi-même et de mettre à l’épreuve la motivation et la persévérance de l’aspirant martial.

Généralement appelée Mey Abhyassam, la préparation physique en Kalarippayat est essentiellement basée sur des exercices des styles du Nord et du Centre et constitue un incontournable dans mes cours, accessible à tous ; c’est sur ce socle que je développe ensuite tous mes enseignements spécifiques. Ces mouvements sont relativement simples à appréhender et peuvent faire l’objet d’une adaptation, si bien que leur apprentissage est une première étape naturelle, parfaite pour l’initiation et essentielle pour s’assimiler l’abécédaire qui forme la trame des étapes plus avancées.

Chacun des exercices abordés combine à la fois souplesse, force et ancrage. C’est une des grandes richesses du Kalarippayat que de ne pas dissocier ces différents aspects comme le font souvent d’autres approches qui séparent par exemple renforcement musculaire et assouplissement. Par ailleurs, tous nos exercices sont à la fois destinés à travailler sur des chaînes tendino-musculaires spécifiques, à intégrer un conditionnement martial instinctif et à éveiller un mouvement énergétique particulier.

Si les bénéfices physiques de ces exercices ne se font pas attendre, c’est seulement à travers la maîtrise de ces techniques que le pratiquant peut espérer ressentir les effets énergétiques. Cela ne vient qu’avec la répétition et l’assimilation des formes par la mémoire kinesthésique (mémoire du corps) qui permet de libérer le mental et de porter son attention sur la dimension subtile. Souvent présentés comme un « étirement des Nadis » (lignes d’énergie, équivalent principiel des méridiens chinois), ces exercices n’agissent pas simplement sur le corps physique, mais ils contribuent également à faire circuler l’énergie, à lever les blocages et à rééquilibrer le corps subtil. Or l’état du corps physique dépend de celui du corps subtil et ce sont également les états émotionnels qui évoluent en pratiquant.

C’est l’une des raisons pour laquelle le Kalarippayat est une véritable Sadhana (pratique spirituelle / moyen d’accomplissement) au même titre que le Yoga, ses méthodes étant comparables à des Assanas en mouvement (voir également Corps et Conscience)
Bien qu’ils existent des exercices spécifiques pour les techniques acrobatiques et que certains mouvements préparatoires soient communs aux trois styles, l’essentiel du conditionnement physique que je propose peut se décliner en trois domaines :

- Mouvements séquencés : les Cheru Thozil (littéralement « exercices simples »), également appelés Lo-Har dans notre école, agissent aussi bien sur des chaînes tendino-musculaire que sur des lignes d’énergie spécifiques. Il s’agit d’exercices simples dont certains sont pratiqués debout en posture statique et d’autres au sol. Si certains mouvements sont véritablement accessibles à tous, les exercices les plus avancés requièrent une très bonne condition physique et combinent très souvent plusieurs exercices en un. Par ailleurs si ces techniques sont d’abord pratiquées isolément et statiquement, elles peuvent ensuite être combinées et intégrées dans des déplacements dynamiques, révélant alors tout leur potentiel martial.

- Lancés de jambes : les Kalitopu ou Kalugal (« Kal » = jambe) sont plus que de simples coups de pied, bien qu’ils visent entre autre à préparer le pratiquant à porter des frappes avec les membres inférieurs (pieds et genoux). Il s’agit avant tout d’éduquer le pratiquant à marcher, chaque pas devant également permettre de dispenser une frappe, d’orinter la direction ou de reprendre un appui si un déséquilibre à été provoqué. Les bénéfices de ces exercices – véritable signature du Kalarippayat – sont innombrables et outre « l’étirement » de certains Nadis, ils permettent entre autre de rééquilibrer les fonctions hémisphériques du cerveau, favorisant ainsi une meilleure collaboration des hémisphères cérébraux. Par ailleurs le déséquilibre constant généré par cette méthode d’entraînement vient stimuler la proprioception, développant l’équilibre physique et la réponse de l’oreille interne.

- Postures animales : les Vadivus sont des postures archétypales, comparables aux Yogassana (dont certains sont communs aux deux disciplines) et telles qu’on en retrouve dans tous les arts martiaux traditionnels asiatiques. Cependant, contrairement à leur déclinaison chinoise ou japonaise, où les archétypes sont traduits dans la verticalité de la colonne vertébrale, le Kalarippayat les manifeste dans l’horizontalité permettant de passer à quatre pattes, se rapprochant ainsi davantage de la posture animale. Elles ont différentes formes d’expression (passive / active, statique / en mouvement) et sont conçues de manière à permettre des transitions de l’une à l’autre, ce qui fait d’elles un véritable abécédaire des possibilités posturales. Les pratiquer permet de prendre conscience des alignements et améliore considérablement l’enracinement. Par ailleurs si chacune d’elle est associée à un animal, c’est parce qu’elles stimulent les qualités qui lui sont propres. Par exemple, pratiquer la posture de l’éléphant augmente l’ancrage, la patience, la fixité et la persévérance, qualités associées au dosha Kapha en Ayurveda.