Formes Corporelles
La pratique des formes corporelles correspond essentiellement aux Meypayattu du style du Nord qui sont de véritables programmes de conditionnement psycho-émotionnel et martial et concourent à l’équilibre subtil du pratiquant. Exigeantes dans leur pratique traditionnelle, j’adapte les postures des formes sans en modifier l’archétype pour les rendre accessibles à tous.
Cela dit pour bénéficier pleinement des bienfaits des meypayattu (formes corporelles équivalent des kata japonais ou taolong chinois), le pratiquant doit avoir maîtrisé les exercices de base, en particuliers les Vadivus (postures animales) et Kalugal (lancés de jambes) qui constituent la trame des formes (voir Préparation Physique). Il s’agit du deuxième stade de l’apprentissage dans le style du Nord. Le style du Centre est beaucoup plus principiel et met davantage l’accent sur des schémas de déplacement courts auxquels s’intègrent les techniques de combat. Quant au style du Sud, si il intègre dès le départ l’apprentissage de formes, celles-ci ont une finalité martiale évidente (voir Combat à Mains Nues). Dans le style du nord cette programmation est plus discrète et ce qui saute aux yeux au premier abord est l’animalité, la grâce et la géométrie des postures. Cela tient au fait que ces formes développent avant tout l’instinct et la pleine amplitude des mouvements qui n’ont pas seulement une vocation martiale, mais également subtile et thérapeutique.
La tradition du Nord (Vaddhakan Sampradayanam) comporte elle-même plusieurs styles dont les formes varient légèrement selon les lignées. Le plus connu se nomme Arappukai. Mon maître, également initié au style Pilaitangui, m’a enseigné les deux en mettant en avant leur complémentarité et nous avons coutume d’appeler les formes Pilaitangi « Shiva Form » et celles de l’Arappukai « Shakti form ». Lorsque l’on pratique les deux styles, on s’aperçoit rapidement que l’effet des formes sur le corps, mais aussi et surtout sur l’humeur ou plutôt l’état d’être est tout à fait différent.
La première forme que j’enseigne se nomme Sushumna Krya (Style Pilaitangui), littéralement « nettoyage du bon chemin » étant entendu qu’il s’agit du canal énergétique central. Elle opère sur la verticalité et la mise en mouvement de chaque vertèbre. Comme toutes les formes elle comporte à la fois une dimension dévotionnelle et une dimension martiale, laquelle contient des applications destinées au combat à mains nues, mais également au combat armé.

J’aborde ensuite les formes complémentaires (Shiva / Shakti), en isolant certaines séquences pour mettre en lumière les principes qu’elles contiennent et pour permettre aux pratiquants de les assimiler progressivement. Ces formes ont des structures qui se répondent : l’une frappe des mains au sol ce qui accroît la détermination et la combativité (Shiva), l’autre les tourne vers les airs, afin d’intercepter les mouvements adverses sous tous les angles (Shakti). La première maintient la fixité sur les plans vertical et horizontal, développant la constance et la persévérance. La seconde se manifeste à travers les courbes et agit sur la capacité d’adaptation et d’acceptation des changements dans le mouvement.
Pratiquées ensemble ces formes préparent le pratiquant à un système de combat complet, opèrent un conditionnement physique exigeant et permettent d’explorer les polarités complémentaires sur le plan subtil, ce qui revient à harmoniser les principes opposés qui résident en chacun de nous.